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Chapitre1: LES PORTES DU SAHARA AERIEN D’UN BOUT A L’AUTRE DE L’AFRIQUE DU NORD

D’un bout à l’autre de l’Afrique du Nord

Une année seulement après l’armistice de novembre 1918, une liaison aérienne entre les trois pays du Maghreb est effectuée par une escadrille du centre de Tunis.

Elle est semblable à celle qui avait échoué avant la Première Guerre mondiale. Cette nouvelle escadrille est équipée d’avions plus rapides et plus robustes.

Les Breguet XIV avaient une structure et un revêtement métallique, alors que les Farman de la première tentative étaient en bois couvert de toile.

Les autorités coloniales à Tunis décident l’envoi d’une escadrille d’avions sur le parcours Tunis-Casablanca-Tunis. Le capitaine Mezergues (un des as de l’aviation pendant la Première Guerre mondiale),

commandant du raid, réussit, en peu de temps, à entraîner des pilotes sur ces nouveaux appareils.

Son équipe se compose des lieutenants : Schmitter, Thouzelier et Patanchon. Ce dernier étant arrivé du Maroc par la voie des airs le 1er novembre 1919.

Le 5 novembre 1919 à 6h 30 du matin, l’escadrille décolle de Tunis suivant l’itinéraire Tunis-Alger-Oran-Oujda-Taza-Fès-Rabat-Casablanca.

L’objectif est donc la liaison entre les deux rives : celle de la mer méditerranée à celle de l’océan atlantique.

Cette escadrille traverse finalement en longueur les trois pays du Maghreb. Il s’agissait d’établir une liaison entre les deux protectorats (Tunisie-Maroc) ; de procéder à une étude atmosphérique de la route aérienne et à une étude du réseau aérien de l’Afrique du Nord, en vue d’un repérage des terrains d’atterrissage. Le but était aussi d’entraîner des pilotes : expérience technique sur l’aptitude des appareils Breguet XIV pour les grands voyages en groupe, et ce sur une distance de 4000 kilomètres. Les pilotes devaient aussi, à leur retour, établir un rapport de mission sur les différentes villes survolées.

Première étape

Après leur décollage de Tunis, les quatre avions atteignent normalement Téléma près de Constantine, malgré le sirocco, les bourrasques de vent et la pluie. Le temps de vol a duré 4 h 30 mn à une altitude moyenne variant entre 700 et 5000 mètres. Suite au mauvais temps, toute l’escadrille est obligée de s’arrêter à Constantine au lieu d’Alger.

Deuxième étape

Le 6 novembre 1919, les avions décollent de Constantine pour atteindre Hussein Dey. Après un voyage très pénible, ils affrontent, le long du Massif du Djurjura entre Constantine et Alger, la pluie, la neige, le sirocco et un vent de 140 Km/h. Sur cette étape, les avions ont du plafonner à 5000 mètres. L’escadrille de Tunis arrive à Alger tard le soir.

Troisième étape

Les avions doivent repartir pour Oran, leur départ est fixé à 8h 50. Le départ se fait sous un vent très violent. En revanche, la dernière étape Oran-Casablanca a lieu sans problème. A Rabat, le général Lyautey adresse le télégramme suivant : « L’escadrille tunisienne est arrivée à Rabat en parfaite condition après avoir survolé l’Afrique du Nord, assurant ainsi brillamment la première liaison entre la Tunisie et le Maroc. » La phase retour de cette randonnée se fait avec seulement trois avions de l’escadrille de Tunis. Leur arrivée a lieu le 19 novembre 1919. Le 18 novembre 1919 marque la dernière étape de ce grand raid. Les avions décollent à 14h40 de Constantine en direction de Tunis, où une grande foule de spectateurs attend à Ksar Saïd les héros de la traversée de l’Afrique du Nord. Le mauvais temps pousse le lieutenant Schmitter à suivre la voie ferrée. Il arrive à Tunis la nuit, sous la tempête. Le capitaine Mezergues ayant bifurqué, lui, vers le sud, pour éviter la bourrasque, atterrit sans problème à Saint-Marie du Ait. Il regagnera Tunis le 19 novembre 1919.

Le lieutenant Thouzelier, pris par la tempête dans les montagnes de Souk Aras est obligé, pour reconnaître sa route, de voler à faible altitude avec un vent fort et des obstacles en hauteur, que la brume cache, contre lesquels il va s’écraser, en compagnie de son mécanicien Arminien. Les corps sont ramenés à Tunis pour des obsèques solennelles, le 22 novembre 1919. Ce fut le premier accident mortel d’un équipage appartenant à l’aviation tunisienne. Le lieutenant Thouzelier, venu en Tunisie depuis mai 1919 et attaché désormais au Centre d’aviation de Ksar Saïd, avait, trois jours avant l’Armistice, reçu de plein fouet contre son appareil un obus allemand. Après une chute vertigineuse, il avait échappé miraculeusement à la mort. La page de ces événements dramatiques est tournée en 1922, lorsque débutent les vols de longue distance sans escales.