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CHAPITRE 2: AVIATEUR JEAN DUFOUR

AEROPLANE : BLERIOT 11

Période du 28 août 1910 au 22 septembre 1910

Les premiers vols suscitent la curiosité de la population qui se presse en masse pour assister au dangereux spectacle des premiers avions atterrissant à Tunis. Même s’il y a parfois des surprises, ces expériences se multiplient en ce début du vingtième siècle malgré une technologie encore peu sûre d’elle. En effet, les vols dépendent des caprices de la météo et les accidents sont très fréquents. En outre, les aviateurs sont trop souvent gênés à leur atterrissage par une foule agglutinée sur des aérodromes de fortune ; cependant ces obstacles sont loin de les décourager. À quelques mois d’intervalle, avec des succès inégaux, le ciel de Tunis va servir de toile de fond à deux essais qui rehaussent l’image de la France coloniale en Tunisie.

Le dimanche 28 août 1910, le Comité des fêtes organise ses premiers vols sur Tunis. Le décollage est prévu sur le champ de manœuvre de Forgemol, (actuellement caserne Saâdallah) à 200 mètres de Bâb Saâddoun. Le spectacle est payant et les billets se vendent un à trois francs, avec une réduction pour les militaires. L’aviateur Jean Dufour et son aéroplane doivent arriver le vendredi 26 août à bord du Carthage car, à cette époque, les avions parviennent en pièces détachées, par bateau ; ils sont ensuite acheminés sur les lieux du décollage où ils sont directement remontés.

Deux télégrammes datant du vendredi 26 août et signés par Dufour vont remettre en question le programme des vols :

  • « Aéroplane pas arrivé, réexpédition lundi Transatlantique. »
  • « Appareil égaré, seul arrivé Dufour. »

Dufour a profité de ce retard pour étudier le champ d’aviation. Les préparatifs vont bon train. Les organisateurs demandent à l’administration tunisienne d’accorder un congé le jeudi après-midi, afin que tous puissent assister à cette première manifestation. La troupe musicale des zouaves donne à cette fête une ambiance de kermesse. Le spectacle vaut le déplacement.

Cette première journée d’aviation est confirmée le jeudi 1er septembre 1910. Dès 14 heures, la foule évaluée à plusieurs milliers de personnes, s’installe sur le champ de manœuvre de Forgemol, sur les hauteurs de Ras-Tabia, et aux alentours de l’aérodrome. Pour éviter les risques de débordement et d’accidents, un service d’ordre est mis en place depuis Bâb Saâdoun jusqu'au champ d’aviation. Pour Tunis, qui ne connaissait ce sport nouveau que par les journaux, l’événement est sensationnel, épatant, disait-on à l’époque.

Cependant, il fallait tenir compte de la météo. Dès le matin, une violente tempête se déchaîne sur Tunis, obligeant les organisateurs à reporter sous réserve cette première manifestation aéronautique au samedi 3 septembre « si la météo est favorable. »

Le samedi 3 septembre 1910 à 15 heures, les badauds sont encore plus nombreux que ceux qui étaient présents le jeudi, et pour l’ambiance, la troupe musicale des zouaves est toujours là. Voilà enfin le monoplan Blériot XI de Dufour qui sort de son hangar, dans des conditions climatiques plutôt propices. Le premier vol est réalisé.

Les premiers incidents

L’aviation n’était pas un sport comme les autres. Les risques d’accidents étaient multiples, notamment à cause de la fragilité des premiers appareils. Ces risques touchent également le public totalement inconscient des dangers qui le guettent.

À 15h30, Dufour se glisse dans son aéroplane. À peine la machine a-t-elle parcouru une cinquantaine de mètres à terre qu’elle réussit à s’élever de quelques trois ou quatre mètres mais, déjà, un premier atterrissage s’impose, très rude… Le second essai est encore plus périlleux, car le Blériot XI en décollant rencontre au beau milieu du champ d’aviation un grand arbre qui endommage son aile droite, l’obligeant à un atterrissage forcé. Le public, déçu, montre des premiers signes d’impatience. Alors, on donne l’ordre à Dufour de voler une troisième fois. Il refuse tout net de poursuivre les essais. Quelle idée! Les spectateurs déchaînés cherchent à envahir le hangar. Les forces de l’ordre sauvent in extremis l’aviateur et son aéroplane de la vindicte populaire.

Bilan : coup dans l’aile de l’avion et coup de crosse qui blesse un spectateur.

Le soir, des manifestants récalcitrants continuent à troubler l’ordre public en parcourant la ville et en réclamant à cor et à cri qu’on les rembourse. Satisfaction leur est donnée le lendemain. On annonce dans les journaux d’une part la reprise des essais et d’autre part la validité des billets déjà vendus pour le prochain spectacle. Il faudra juste se rendre sur un autre terrain, sans arbre cette fois.

Il faut attendre le matin du mardi 6 septembre 1910 pour assister au premier vol historique réussi en Tunisie. Dufour réalise dans les champs de manœuvres de Forgemol un vol d’une courte durée, certes, mais après un décollage impeccable, en présence de nombreux témoins moins excités.

L’après-midi, pour confirmer ce premier succès, le Blériot XI est transporté sur un autre aérodrome choisi par l’aviateur, le lac de Sidjoumi, près de Tunis.