CHAPITRE 4 : La traversée du Sahara : Biskra-Tunis
AVIATEURS
Reimbert, Cheutin, Jolain et le maréchal des Logis Hurard, qui dispose d’un mécanicien à bord.
AEROPLANE
Six avions biplace de marque Henry Farman.
PÉRIODE
Du 26 février 1913 au 3 mars 1913.
Un vol à haut risque
La traversée du Sahara fut une aventure très risquée ; mais il fallait créer un service postal rapide pour répondre aux besoins de l’armée française qui occupait ces régions éloignées. Entre l’oasis de Biskra et Alger, il n’y avait pratiquement pas de moyens de communication. L’enjeu était de taille : atteindre des lieux en plein désert, souvent dotés d’un climat peu clément. Pour surmonter ce lourd handicap, la préparation du plan de vol, qui prend plusieurs mois, s’avère nécessaire.
L’aviation militaire française est née en décembre 1909. Avant cette date, les militaires, élèves pilotes et sous-officiers dépendaient, pour leur formation, d’autres services (infanterie, artillerie, etc.). L’avion, considéré comme un moyen privilégié de reconnaissance et d’observation, est intégré à des escadrilles. En 1913, la France métropolitaine en comptait 26, et les colonies quatre.
En 1910, René Quilton, président de la Ligue aérienne, suggère au général commandant du 19e corps d’armée de s’intéresser à l’utilisation possible de l’aviation dans le Sahara pour organiser un service postal aérien à travers le désert. Un centre d’étude est créé à Biskra en mars 1912. Il dispose de six avions biplace de marque Henry Farman et d’un personnel spécialisé composé de 20 sapeurs, commandés par le lieutenant Reimbert. Cette escadrille accomplit, entre 1912 et 1914, plusieurs missions et études en Afrique du Nord.
La liaison aérienne entre la Tunisie et le Maroc est effective en 1914. L’équipe se compose des aviateurs Reimbert, Cheutin, Jolain et du maréchal des Logis Hurard, qui dispose d’un mécanicien à bord. Ce vol marque une date importante dans l’histoire de l’aviation et a nécessité une longue préparation.
Préparation minutieuse
Avant son exécution, une étude approfondie des conditions de navigation par des repérages sur carte des ravitaillements possibles a été nécessaire. Entre Touggourt et Ouargla, on suit les pistes tracées par des caravanes de chameaux. Cette route, que les avions vont survoler, est d’abord explorée en automobile par les lieutenants Reimbert et Cheutin. Ils rencontrent bien des obstacles, surtout l’absence de sentiers carrossables, de points d’atterrissage et de moyens de communication. À leur retour, ils rapportent à leur chef l’impossibilité d’exécuter un vol. L’ordre est malgré tout donné.
Solutions logistiques
Les solutions proposées se présentent ainsi :
- Le voyage sera assuré en trinôme afin que les aviateurs puissent se porter mutuellement assistance en cas d’incident.
- Il fallait quelqu’un pour lancer l’hélice du Gnôme.
- Le lieutenant Lafargue veille à l’envoi, à dos de dromadaires, des barils d’essence et d’huile de ricin dans les zones éloignées.
- Les pièces de rechange nécessaires pour un éventuel dépannage seront chargées en lots à bord.
La route aérienne entre Biskra et Tunis est très longue (1200 km). L’espace aérien entre Biskra et Gabès, via Tozeur, s’étend sur 500 km. C’est la partie la plus importante du vol, sans qu’aucune route, ni télégraphe, ni approvisionnement n’assure le moindre secours en cas de besoin. La carte de bord est blanche.
En revanche, la région de Gabès à Tunis fourmille de repères naturels (zones côtières) ou artificiels (chemin de fer, routes…). La seule difficulté dans cette randonnée est le franchissement des montagnes de Zaghouan et du Cap Bon à l’entrée de Tunis. Le colonel Estienne, commandant du troisième groupe d’aéroplanes de Lyon, organise ce raid aérien pour tester le vol des avions dans des zones chaudes et désertiques.
Le vol
Les aviateurs s’élancent le lundi 26 février 1913 à partir de l’oasis de Touggourt (sud algérien). Ils gagnent Biskra, puis Tozeur, pour atteindre Gabès. La deuxième étape, Gabès-Tunis, devait être la plus facile de la mission ; mais les intempéries entre Sousse et Tunis la transforment en un véritable parcours du combattant. Les turbulences contraignent les aviateurs à atterrir à Enfidha et Grombalia.
Le lundi 3 mars 1913, le premier biplace se dirige triomphalement vers le champ de course de Ksar Saïd, lieu prévu pour l’atterrissage. Le Farman, modèle HF 68 du maréchal des Logis Hurard, embarque le lieutenant Cheutin. La veille a été rude : Hurard a dû atterrir en catastrophe à Kairouan à cause de vents violents. Les 100 km séparant Enfidha de Tunis ont été parcourus en deux heures.
Anecdotes et accueil
Le lieutenant Jolain, après une mésaventure avec des villageois tunisiens à Henchir Zaâfrana, parvient finalement à rejoindre Tunis. La population réserve aux aviateurs un accueil chaleureux avant leur retour en Algérie le 16 mars 1913. Tous les avions sont démontés et expédiés par train à Biskra.
Conclusion
Ce raid aérien entre Biskra et Tunis, bien qu’éprouvant, marque une avancée significative pour l’aviation militaire française. Il répond aux nombreuses interrogations sur le comportement des appareils dans des conditions climatiques extrêmes et ouvre la voie à d’autres missions dans le désert.