CHAPITRE 6 : Première liaison aérienne
Tunis-Paris sans escale - Juillet 1922
La première liaison aérienne entre Tunis et Paris a lieu en 1922 avec le lieutenant Georges Pelletier Doisy (dit Pivolo), sur un vieux Breguet XIV A2 datant de 1920. Cet avion appartient au Centre d’aviation de Tunis, choisi pour sa régularité. Une grande modification est effectuée dans les ateliers du centre aéronautique de Ksar Saïd. Le lieutenant Robert et le caporal Buffart, mécaniciens, installent cinq nouveaux réservoirs de carburant, d’une capacité totale de 800 litres d’essence supplémentaire.
- Un grand réservoir de 350 litres est placé sous le siège.
- Un réservoir plat de 100 litres est installé sous les commandes.
- Une bâche de 240 litres remplace le réservoir inférieur original.
- Deux réservoirs torpilles de 125 litres sont montés de chaque côté du fuselage, reliés directement au carburateur.
Les 1000 litres d’essence embarqués fournissent une autonomie de 15 heures au moteur Renault de 300 CV (datant de 1918). Un réservoir d’huile moteur de 80 litres est également ajouté.
À 3 heures du matin, Pelletier Doisy et le caporal Buffart se rendent au hangar du camp Garros où les mécaniciens effectuent les dernières retouches sur le Breguet XIV. Après une visite pré-vol, l’avion est roulé jusqu’à la limite nord-ouest de l’aérodrome pour maximiser la longueur de décollage. Une petite foule, composée d’officiers et d’amis du lieutenant, assiste anxieusement au départ.
L’avion est escorté par un autre Breguet piloté par l’adjudant Maurette et le sergent Lagorce sur une vingtaine de kilomètres au large de Bizerte. Pendant la traversée maritime, un incident survient : le bouchon d’une thermos se coince sur la gouverne de profondeur, obligeant Pelletier Doisy à rester prudent. Malgré cela, les 800 km maritimes sont franchis sans encombre.
Au-dessus de la vallée du Rhône, des vents violents atteignant 55 m/s agitent l’avion, rendant cette partie du parcours particulièrement difficile. À 17h50, le 6 juillet 1922, l’avion atterrit au Bourget après avoir parcouru 1650 km en 12 heures, une première historique entre Tunis et Paris.
Le direct Casablanca-Tunis
Octobre 1922
Après trois mois à Paris, Pelletier Doisy entame son retour via Casablanca. Le 6 octobre 1922, il décolle du Bourget mais doit atterrir à Cahors suite à une panne moteur. Après réparation à Toulouse, il poursuit jusqu’à Alicante, où un orage l’oblige à un atterrissage d’urgence dans un champ.
Le 11 octobre, il atteint Rabat sans incident et arrive à Casablanca le lendemain, où il est décoré de la croix d’officier du Wissam Alaouite. Le 16 octobre, il effectue le vol Casablanca-Tunis sans escale, couvrant 1780 km en 10h10 malgré des conditions météorologiques difficiles. Ce vol prouve que relier les extrémités de l’Afrique du Nord est possible en peu de temps.
L’essai de la grande traversée à travers l’Afrique (1932)
Le 19 février 1932, un Breguet 27 décolle de Tunis-El Aouina pour un raid de 14 000 km à travers l’Afrique. L’équipage est composé de Dieudonné Costes (pilote), Jean Schneider (navigateur), et H. Veron (mécanicien). Ce voyage d’étude cherche à établir une nouvelle voie aérienne reliant Tunis aux grandes villes africaines.
Costes, célèbre pour avoir réalisé la première traversée de l’Atlantique Nord en septembre 1930, poursuit son exploration avec succès, achevant cette mission le 15 avril 1932 à Tunis.