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CHAPITRE 9 : La traversée de la Méditerranée : Fréjus - Bizerte

AVIATEUR : ROLAND GARROS ET GEORGE MADON, FILS DE PAYS

AÉROPLANE : Morane Saulnier type H, équipé d’un moteur Gnome

PÉRIODE : Du 23 septembre 1913 au 24 septembre 1913


Roland Garros à Bizerte

La traversée de la mer Méditerranée

Le lundi 22 septembre 1913, Roland Garros arrive à Saint-Raphaël dans un train en provenance de Paris pour rejoindre son mécanicien Jules Huc qui finissait la mise au point des deux avions achetés par Garros, deux monoplans de marque Morane-Saulnier type H, équipés chacun d’un moteur en étoile de 6 cylindres. Garros choisit un avion d’une puissance de 50 CV, car plus économique en carburant. Par contre, le second, plus rapide avec ses 60 CV, consomme plus de fuel.

Garros a un moment d’hésitation, bien que la météo ait été très favorable. Il envoie à Tunis un télégramme où il annonce que son départ est reporté au mois d’octobre. Cependant, il cède à la pression du ministre de la Marine qui lui propose l’assistance de ses torpilleurs échelonnés tout le long du parcours pour lui faciliter la navigation et lui venir en aide en cas d’amerrissage.

Ses amis non plus ne souhaitent pas qu’il traverse d’un seul coup d’aile les deux rives de la Méditerranée. En revanche, on lui propose une envolée sur les Alpes, expérience plus périlleuse, en considération des courants atmosphériques et des appels d’air entre la Suisse et l’Italie.

Les amis de Garros craignent le pire après l’exemple du lieutenant Le Bague qui a tenté cette même expérience en 1911 et s’était perdu avec son aéroplane en pleine mer Méditerranée.

Finalement, Garros décolle le 23 septembre 1913 de Saint-Raphaël sans avoir prévenu personne, afin d’éviter les interventions de ses amis qui veulent coûte que coûte le voir renoncer à son projet. Il accepte l’offre de la Marine d’envoyer son mécanicien à Cagliari avec des pièces de rechange pour une éventuelle escale technique sur l’île. Le départ devait se faire du centre d’aviation de la Marine de Fréjus-Saint-Raphaël.

Avant son décollage, il demande qu’on fasse transmettre le télégramme suivant à Tunis :

« Préparez deux cents litres d’essence et cinquante litres d’huile de ricin à Ksar Saïd à onze heures. »
(opération assurée par la poste de Saint-Raphaël).


Les détails du vol

Départ et progression

Le 23 septembre 1913 à 10 heures, un télégramme annonce que Garros a quitté par beau temps Fréjus à 5h 53 du matin, avec un léger vent d’ouest. En un clin d’œil, la nouvelle se répand dans la ville de Tunis et bientôt c’est la ruée vers le champ de course de Ksar Saïd.

À 11h 30, on compte plus d’un millier de personnes dans la banlieue ouest de Tunis. Tout le monde fixe l’horizon. Vers midi, toujours rien. À 13h30, une nouvelle tombe de Cagliari :

« Garros est passé à dix heures en vue des côtes de Sardaigne. »


Les défis de la traversée

Au-dessus de la Sardaigne, l’incident avait tellement réduit la puissance du moteur qu’au-dessus de Cagliari, il s’aperçoit que sa vitesse moyenne, qui aurait dû dépasser 100 km/h, est maintenant bien inférieure et que l’essence va peut-être lui manquer.

Garros n’oubliera jamais ces moments d’hésitation :

« J’étais atrocement partagé entre le sentiment de conservation et le désir d’accomplir malgré tout ma performance... »


L’arrivée à Bizerte

Enfin, à travers un trou de nuage, il aperçoit à 50 km des côtes tunisiennes trois points : les torpilleurs envoyés à sa rencontre. Il arrive à Bizerte à 1h 45 avec seulement 5 litres d’essence restants.

« Au milieu du terrain sous le soleil ardent, je me trouvais seul dans le silence, l’immobilité, la paix... »